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Réveil mars 2014

Eduardo Galeano, écrivain uruguayen, écrivait en 1940 : « Je me rapproche de deux pas, elle s’éloigne de deux pas. Je chemine à dix pas de l’horizon et l’horizon s’enfuit dix pas plus loin. Pour autant que je chemine, jamais je ne l’atteindrai. A quoi sert l’utopie ? Elle sert à cela : cheminer ». Quel que soit l’angle de vue pris, l’utopie ne saurait être saisie et c’est normal : le mot même évoque le nulle part, l’ailleurs, l’absence. Pourtant, l’être humain a toujours tenté de lui donner des contours, en particulier à travers des cartes, des plans, des lieux géographiques : Utopia, Atlantide, New Harmony, familistère de Guise, Auroville, cités végétales.
Quoi qu’on en pense, de nombreuses utopies ont été, et sont toujours, présentes dans nos sociétés. L’architecte, le scientifique, le philosophe, le poète, le politique… en parlent différemment et tentent de les faire advenir. En cela, elles permettent à la société de cheminer, entraînant celles et ceux qui y vivent.
Désirées ou décriées, les utopies trouvent aujourd’hui de nouveaux chemins en lien avec les différentes vagues « vertes » ou les espérances scientifiques. Tout autant globalisantes qu’avant, elles s’orientent non plus vers un monde parfait, mais vers une concrétisation réaliste ; elles ne cherchent plus principalement la refondation de la société dans son ensemble. L’expression d’utopie réaliste paraît paradoxale, et l’est certainement, mais elle dénote un certain pragmatisme, résultat de notre histoire récente : de grandes utopies politiques du XXe siècle ont en effet accouché de monstres.
Et l’homme religieux, me direz-vous ? Il n’est pas en reste dans son besoin d’espérer un nouveau monde, d’accéder à une « terre promise » ou de s’extraire d’un monde jugé perdu. Pour ne parler que du protestantisme, notons que la Réforme du XVIe siècle est toujours une utopie même si certains aspects se sont réalisés ; l’avènement du règne de Dieu aussi, que nous désirons dans notre prière : « Que ton règne vienne », espérant ainsi, non la réalisation d’une utopie humaine, mais de celle de Dieu.