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[mercredi 4 février 2009 00:00]

L'Eglise selon Jean Calvin

« C’est en Dieu que l’Eglise trouve sa source, c’est par lui qu’elle existe et qu’elle reçoit sa vocation »
« Quelle actualité dans cette réflexion, et quelle ouverture aussi… »

par François CLAVAIROLY


L’Eglise compagnie de Dieu…

Etre membre de l’Eglise, c’est se tenir « en la compagnie de Dieu » écrit Calvin dans le livre IV de l’Institution chrétienne.
Dès le début, Calvin pose la première affirmation qui fonde tout le reste : « L’élection est le fondement de l’Eglise universelle ».
Ainsi c’est de Dieu qu’elle dépend, c’est en lui qu’elle trouve sa source, c’est par lui qu’elle existe et qu’elle reçoit sa vocation. Et « il nous faut laisser à Dieu seul ce privilège de connaître son Eglise dont le fondement est son élection éternelle », même quand nous pourrions croire que ses réussites ou ses échecs dépendent des hommes qui la dirigent et des institutions qu’elle se donne. « Dès lors, bien que la désolation horrible qu’on voit partout et de tous côtés semble montrer qu’il ne reste plus rien de l’Eglise, sachons que la mort du Christ est fructueuse, et que Dieu garde miraculeusement son Eglise comme en cachette… »
Cette Eglise, dont nous ne connaissons pas les contours, est connue de Dieu seul en Jésus-Christ *. En ce sens elle peut être appelée invisible : en tant qu’hommes, nous n’avons pas à savoir qui en sont véritablement les membres. Mais cette manière de considérer l’Eglise, en la définissant comme un événement d’élection suscité par Dieu seul, amène à la comprendre comme une seule et même réalité à la fois invisible et visible, spirituelle et terrestre. Calvin développera tout au long de ce livre IV cette idée majeure que, certes, « Dieu seul connaît qui sont les siens ; toutefois il nous montre ceux que nous devons tenir pour tels ». Et il n’aura de cesse d’exposer l’importance de la réalité de l’Eglise visible et de sa vocation, en insistant sur le ministère de la parole et de la communion qui est à son service. Ainsi écrit-il : « De même qu’il nous est nécessaire de croire l’Eglise, qui nous est invisible et connue de Dieu seul, aussi il nous est commandé d’avoir cette Eglise visible en honneur et de nous maintenir en sa communion ».

L’Eglise compagnie des hommes !
Pour discerner ce qu’est l’Eglise visible, Calvin retient deux critères, les notae ecclesiae, les marques de l’Eglise, dans une définition inspirée de la confession d’Augsbourg, lorsqu’il écrit : « Partout où nous voyons la parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les sacrements être administrés selon l’institution de Christ, là il ne faut nullement douter qu’il y ait Eglise ».
Ces marques sont la proclamation de l’Evangile et la célébration des sacrements. Elle sont à la base du culte protestant, et au fondement de la pleine communion entre les Eglises issues de la Réforme. D’où la conséquence qui n’est pas mince puisque les autres marqueurs traditionnels ne se trouveront pas pris en compte : la succession historique dans le ministère épiscopal, la constitution hiérarchique de l’Eglise, la primauté de Rome… ou bien l’exigence de qualité morale et spirituelle de ceux qui voudront se considérer comme les purs de l’Eglise, ce qui va distinguer l’ecclésiologie calvinienne de l’ecclésiologie romaine et de celle de l’aile radicale de la Réforme.
L’Eglise servante de Dieu et des hommes
La vocation de l’Eglise est de rendre gloire à Dieu et de servir les hommes.
Aidés par le ministère des docteurs, des pasteurs, des diacres, « et parce que nous ne savons pas ceux qui appartiennent ou non au nombre et la compagnie des prédestinés, nous devons être affectionnés à souhaiter le salut de tous ».
Quelle actualité dans cette réflexion, et quelle ouverture aussi en ce XVIe siècle de terreur religieuse : « souhaiter le salut de tous ! »
« S’il en est ainsi, nous tâcherons de faire tous ceux que nous rencontrerons participants de notre paix ».



* Cf. le §1 de la disciple de l’Eglise réformée de France : « L’Eglise réformée de France professe qu’aucune Eglise particulière ne peut prétendre délimiter l’Eglise de Jésus-Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent ».

 

© Réveil - février 2009