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[lundi 30 novembre 2009 00:00]

Anselme de Canterbury
Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ?

Suite de notre série traitant des grandes questions théologiques du Moyen-âge, ce mois-ci avec Anselme de Canterbury né à Aoste en 1033 et décédé en 1109.

par Annie NOBLESSE-ROCHER *

L’Incarnation du Christ a fasciné les Réformateurs. Elle est aussi au cœur de l’œuvre d’un de leurs éminents prédécesseurs, Anselme de Canterbury. Lui aussi s’interrogeait sur ce mystère, dans un de ses maîtres-ouvrages, au titre significatif : Pourquoi s’est-il fait homme ?

 
Anselme y développe sa « doctrine de la satisfaction » : pour racheter une faute aussi grande que celle d’Adam, il fallait un sacrifice à sa mesure, celui du Fils même de Dieu. Mais c’est en théologien novateur pour son époque qu’Anselme renouvelle la question par une méthode inédite : « la foi cherchant à comprendre » ce qu’elle croit, et un programme : une doctrine de Dieu énoncée dans son Monologion (1076) et son Proslogion (1078). Le second ouvrage l’exprime au moyen du célèbre argument : « Dieu est ce qui ne peut être pensé de plus grand ». Comment comprendre cette expression laconique ? Si Dieu est ce qui ne peut être pensé de plus grand, alors un athée peut, en son esprit, sans foi, penser Dieu. Or si Dieu existe même dans la pensée de celui qui nie son existence, alors il est au-delà de tout et de toute pensée. Il est ce qui ne peut être pensé de plus grand !
 
Les raisons nécessaires
L’originalité d’Anselme tient aussi en grande partie à sa conception des « raisons nécessaires » énoncée dans le Prologue du Monologion ; Anselme refuse la facilité qui consiste, selon lui, à convaincre au moyen de la seule Écriture (un athée ne serait d’ailleurs pas convaincu) ; il faut aller plus loin et céder « à la nécessité de la raison ». Anselme parle alors de « raisons nécessaires » à la foi.
Comment comprendre cette expression de « raison nécessaires » ? Il peut sembler bien étonnant que le moine Anselme veuille ne pas tenir compte de l’Écriture ! Et même qu’il oppose la clarté et l’autorité de la Bible à la nécessité du raisonnement pour trouver la Vérité. Mais cette raison qui s’oppose à l’autorité de l’Écriture est une raison de foi, un raisonnement inscrit dans la foi et à partir d’elle, la dernière instance critique de la vie spirituelle. Cette raison est une proposition qui permet de lever un doute, de trancher entre deux parties d’une alternative.
 
Le rôle de l’intelligence
Aussi, pour discuter d’un point de doctrine (comme la Trinité par exemple), nous ne pouvons nous contenter, pense Anselme, d’aligner et de s’opposer (comme le font certains chrétiens aujourd’hui encore !) des citations scripturaires ou patristiques. Pour nous conduire à la racine de la vérité où brille la clarté de la foi, il faut ouvrir la discussion par le raisonnement, mettre en évidence toutes les impossibilités, et montrer ainsi que seule la foi a sa racine dans la foi. Quel rôle joue donc l’intelligence ? Elle scrute et recherche la vraie et profonde signification de l’Écriture. Elle élimine les  contradictions et les objections. Puis enfin, elle résout les difficultés avant de comprendre vraiment et de croire définitivement les réalités révélées.

 

* Professeur d'histoire du christianisme médiéval et moderne
Université de Strasbourg

 

© Réveil - Page théologique - décembre 2009