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[vendredi 29 janvier 2010 00:00]

L’Affaire des Templiers


par Annie NOBLESSE-ROCHER *

L’ordre des Templiers est l’un des plus prestigieux de la chrétienté. Né en 1114, il s’éteindra au début du XIVe siècle, accusé de toutes les abominations. Qui étaient réellement ces moines-soldats ?


La fin mystérieuse des Templiers, ordre de moines-soldats, attachés à la défense des Lieux saints de Palestine ne cesse de fasciner les amateurs d’histoire depuis des siècles : qui se cache sous l’attachante figure du dernier Grand maître de l’Ordre du Temple, Jacques de Molay, mort sur le bûcher au soir du 18 mars 1318 : un saint ou un banquier trop audacieux ? En l’île de la Cité à Paris, un bûcher est érigé près de l’actuelle place Dauphine. Avant de rendre l'âme, nous rapporte Geoffroy de Paris,
 
« Le Maître dit ainsi : seigneurs au moins
Laissez-moi joindre un peu mes mains
Et vers Dieu faire oraison.
Car c’en est le temps et la saison.
Dieu sait qui a tort et qui a péché.
Il va bientôt arriver malheur
À ceux qui nous ont condamnés à tort.
En ma foi en Christ je veux mourir
».
On lui accorda sa requête et « si doucement la mort le prit que chacun s’en émerveilla ».

Reconnus puis rejetés
Ainsi s’achevait l’histoire d’un des ordres les plus prestigieux de la chrétienté. À l’issue d’un procès mené à marche forcée, par décision royale, grâce au jeu des délations complaisantes et des aveux arrachés sous la torture, l’Ordre était accusé de blasphème envers le Christ, d’idolâtrie et de sodomie. Mais qu’étaient vraiment les péchés des Templiers ? Jacques de Molay, en refusant, par dignité, de répondre aux accusations, emporta avec lui le secret de ses frères. Quel retournement ! En 1129, l’Ordre n’avait-il pas été porté sur les fonds baptismaux par le Concile de Troyes ? Parmi la poignée d’hommes de foi, dont la vocation singulière avait alors été reconnue, figurait Hugues, châtelain de Payns, près de Troyes. L'appel lancé en 1095 par le pape Urbain II à aller délivrer le Saint-Sépulcre tombé aux mains des « Infidèles » résonnait encore. Bien que marié, Hugues de Payns décida de se croiser et partit en 1114. L’Ordre du Temple était né, confrérie de laïcs consacrés à la sécurité des pèlerins. Ses membres reçurent leur règle, sous le nom des « pauvres compagnons d’armes du Christ et du Temple de Salomon », et leur légitimité spirituelle lorsque saint Bernard de Clairvaux leur offrit l’Éloge de la Nouvelle chevalerie.
 

Banquiers de l’Occident
Les Templiers partirent-ils pour des pèlerinages ou des guerres de conquête ? Ce fut certainement un pèlerinage, soulevé par un désir inouï de pénitence et de foi, comme le suggèrent les récits des chroniqueurs de la Première Croisade, mais qui se transforma peu à peu en guerre de conquête féodale. Reste la tragique ambiguïté des Templiers, moines, soldats et... banquiers de l’Occident. Leur patrimoine, il est vrai, fut considérable, constitué par les legs et dons, décuplé par l’achat de domaines fonciers et par l’ouverture de centres de dépôts d’argent, puis de guichets de banque pour particuliers. Les rois de France usèrent largement de ces largesses bancaires et la fin du dernier Grand Maître n’est certainement due qu’à la volonté de Philippe Le Bel de recouvrer sans intérêt un trésor déposé au lieu sûr du Temple. Ainsi se raconte depuis plus de 900 ans l’histoire secrète de l’Ordre des Templiers.
* Professeur d'histoire du christianisme médiéval et moderne
Université de Strasbourg

© Réveil - Page théologique - février 2010