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Prières et vie (2) Dans l'indignation

par Solange HUON

Meditation - Journal Réveil  novembre 2013  © D. Ziegler

Le Notre Père se termine par « à toi le règne, la puissance et la gloire ». Or, pris dans le contexte de notre société actuelle et de son histoire, ces mots ont une connotation choquante, qui peut poser question.

Pourquoi ce cancer ? Pourquoi moi, maintenant ? Que fait Dieu de sa puissance ?
La méditation m'enseigne que c'est là une fausse piste. Ce qui a à voir avec Dieu, c'est mon acceptation de voir la réalité en face, ma lutte pour prendre tout cela à bras le corps, et son infinie tendresse à mon égard.
Pourquoi faut-il utiliser le viol des femmes comme « arme de guerre » ? Pourquoi faut-il faire tuer des parents par leurs enfants, enrôlés de force, afin de prouver qu’ils seront bons soldats ? Cela relève d’une volonté politique, de forces abrutissantes pour les hommes responsables qui croient tirer leur gloire de telles horreurs.
La méditation m'enseigne que Jésus lui-même s’est laissé prendre par cet engrenage de puissance qui détruit l’humain. Sa résurrection atteste que la mort, la violence, l’épouvante des inhumanités sont portées par lui, jusqu’aux tréfonds, sans qu'il s’y anéantisse.
Pourquoi ces noyades à quelques encablures de Lampedusa ? Ces pauvres gens, pleins d’espoir, repoussés par des « responsables » incapables d’aider au vrai développement de leur pays de départ. Facile de trouver des responsables ! Pourquoi la France, peuplée de plus de 65 millions d’habitants, ne peut-elle accueillir, intégrer, 20 000 Roms chassés de partout ? Leurs enfants qui ont pu être scolarisés se révèlent pourtant si brillants. Ne pouvons-nous leur donner quelques années de chance pour montrer qu’ils sont « intégrables » ? Pourquoi laissons-nous les médias régner sur nos opinions et nous seriner à temps et contre temps des affirmations fausses, parlant en « notre nom » ? Pourquoi ne pas être citoyen, s’affirmant haut et clair ?
La prière m'aide à refuser ce règne médiatique absurde et me dit : à toi d’agir !
Pourquoi accoler au Notre Père, ce « à toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire » ? Ne risque-t-on pas d'oublier que le règne de Dieu ne peut être que celui de la justice, bien loin de celui du fric, de la corruption ? Deux béatitudes parlent bien de ceux qui ont faim et soif de la justice, ou qui sont persécutés à cause d’elle.
Quelle peut être la puissance de ce Père ? Ne risque-t-on pas d'oublier que dans tous les attributs de Dieu, la puissance est ce qu’il faut abandonner aux pratiques païennes du sacré ? D'oublier que sa puissance est avant tout celle de sa tendresse ? Oui, nous avons un Père tendre, comme une mère, ce fut ma grande trouvaille lors de ma lecture quotidienne de l’Ecriture.
Ne risque-t-on pas d'oublier que la gloire de ce Père est pleine de contradictions, car sa gloire est de nous avoir créés, tous, chacun, chacune « libres » ! Il s’est retiré après le sixième jour, et il nous attend !
A toi appartiennent la justice, la tendresse et la liberté, c’est ce que je dis après chaque Notre Père, en lui demandant aide et force.

©Reveil-Spiritualité  novembre 2013