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Auprès de ma Bible (9) Pentecôte : un témoignage équivoque ?

[vendredi 31 mai 2013 11:43]

par Anne HEIMERDINGER

« Comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu ? »Actes 2.11

Luc est le seul évangéliste à témoigner de l’après-Jésus. Il rédige « les Actes des apôtres », racontant les premiers pas des disciples appelés à devenir des passeurs de la Bonne Nouvelle. Pour l’apôtre et ses compagnons, une étape est franchie même si, au départ, tout paraît encore bien flou !

Jésus n’est plus là ! L’évangéliste Luc n’est pas avare en vocabulaire pour l’exprimer : « Il a été enlevé… Il fut élevé… Il s’en allait », ou encore « Il vous a été enlevé ; vous l’avez vu s’en aller… » (Actes 1.9-11). Un nouveau temps s’est ouvert, celui de l’Esprit qui vient aider à la proclamation du salut à toutes les nations.
Pour les disciples, il faudra un certain temps (quarante jours au moins !) pour qu’ils réalisent que l’aventure se poursuit et qu’ils sont au cœur du dispositif final ! Ils attendent et sont au bénéfice des apparitions d’un Jésus vivant qui leur parle du Royaume. Justement, les choses ne sont pas claires pour eux. Quand va-t-il venir ? (1.6).
Quarante jours, un temps symbolique nécessaire pour se préparer, et qui en rappelle d’autres comme celui vécu par le peuple hébreu, le prophète Elie ou Jésus lui-même au désert. Pour les acteurs du récit de Luc, le défi est de taille : ils seront des témoins à Jérusalem (1 à 7), en Judée-Samarie (8 à 12), jusqu’aux extrémités de la terre (13 à 28).

Une manifestation
En Actes 2, les apôtres assemblés sont 12 ou pourquoi pas les 120 embauchés par Pierre (1.15) aux côtés des 12 ? On ne sait pas. Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas pu tous s’entasser dans la maison où ils sont assis !
De l’autre côté se tiennent les juifs des nations venus à Jérusalem. La foule est pieuse et respecte Dieu. Les apôtres et la foule ont donc au départ une même tension commune. Alors, tout « comme » autrefois (Dieu se manifestant au Sinaï avait donné sa loi à travers Moïse – voir Exode 19.16 et suivants), le vent fort se met à souffler, apparaissent des langues comme du feu et l’Esprit s’exprime à travers chacun des apôtres. « Comme autrefois », comme la redécouverte d’un même fil conducteur qui apporte toutefois une nouveauté.

Des langues déliées
D’un côté, des langues déliées, des émetteurs témoins capables de communiquer à tous, de l’autre, des récepteurs qui bizarrement sont déjà listés dans l’Ancien Testament juste avant l’épisode de Babel, et auxquels s’ajoutent Rome et deux autres peuples, les Crétois et les Arabes. De l’est à l’ouest, un échantillon d’individus est donc présent. C’est tout l’art d’être précis sans l’être tout à fait.
Comment les apôtres font-ils pour parler les langues des peuples présents ? Comment arrivent-ils, dans le brouhaha, à capter l’attention de leur auditoire bigarré et à se faire comprendre ? Du petit mot « comme », on passe à la question du « comment ». Ceux qui écoutent entendent les apôtres leur parler dans leur langue maternelle… N’est-elle pas celle, propre à chacun, capable d’entrer en résonance avec le soi profond ?

Au cœur d’un flou
Le cadre flou, l’événement et ses parallèles sous-entendus, le miracle même et dont on peut se demander s’il s’agit de la manifestation divine, de la libération de la parole ou de la compréhension du plus grand nombre, la manière même dont l’évangéliste Luc s’exprime, laissent une marge au quiproquo ouvrant le texte à une pluralité de lectures.
Restent ceux qui, comme nous aujourd’hui, étaient en marge de la scène et ont été surpris. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Avant le discours de Pierre, le texte rapportera : « Nous les entendons parler dans nos diverses langues des grandes œuvres de Dieu »… Tiens, comme si le flou servait à mieux entendre Celui qu’il nous faut entendre, servait Celui qui transversalement est au cœur du récit.

© Réveil - Lire la Bible - juin 2013