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[mardi 4 mars 2008 00:00]

Tite : La grâce en pratique

Anne FAYE
(Codognan-30)

« Voilà ce qui est bon et utile aux hommes ! »
Tite 3, 8b


« Voilà ce qui est bon et utile aux hommes » (3,8) ! Lorsqu'il écrit à son frère grec, son « véritable enfant selon leur commune foi » (1,4), Paul est sorti de sa captivité romaine et écrit de Nicopolis. L'apôtre, confiant dans son protégé, l'a laissé à Crète pour y « mettre en ordre » les assemblées.

Si la lettre de Paul a des accents affectueux, elle reste destinée à transmettre un message à toute l'Église de Crète au sujet de l'organisation et de la discipline qui doivent y être mises en œuvre. Pour cela, l'apôtre, fidèle à lui-même, donne des instructions sur la vie de l'assemblée (ch. 1), la vie de la famille de la foi (ch. 2), la vie sociale (ch. 3).
Et pour cause, la situation est agitée ; des fausses doctrines viennent jeter le trouble : (1,10-14 ; 3,9). L'épître rappelle que la foi enseignée doit être mise en évidence par un vécu. Doctrine et conduite sont liées et se répondent l'une à l'autre. Un accent particulier est mis sur la pratique d’œuvres bonnes non comme source de salut, mais comme signe d’une vie chrétienne conséquente.
A ce titre, Paul encourage personnellement Tite : « demeure ferme dans le ministère qui t'est attribué », « dis », « reprends avec une pleine autorité », « rappelle », « je veux que tu affirmes... » Car, Tite doit exhorter chacun et chacune dans l'Eglise, afin que tous remplissent leur devoir et rendent honorable la profession de la foi (2,1-10). C'est possible, car Dieu a manifesté sa grâce premièrement, rendant obligatoire cette vie « sainte » et ce, jusque devant les autorités civiles, en même temps qu'elle en fournit les moyens (2,11-15).
Alors, bien sûr, on peut lire cette épître comme un plaidoyer moral du parfait chrétien et se sentir « écrasé » par cet ensemble de recommandations. On peut aussi relire cette missive à la lumière du sujet de l'épître : l'homme ! Ou autrement dit : comment traduit-il la grâce qui lui est faite dans sa vie communautaire, familiale, sociale ? Le mouvement premier vient de la main tendue de Dieu (2,14) qui s'accompagne d'une pédagogie « ...afin que nous vivions ». Et, ce salut qui instruit, éduque, s'écrit dans l'existence terrestre de cet homme sauvé. Ce que cela change ? Tout ! L'homme, saisissant la promesse du salut jette un nouveau regard sur le monde, sur ses semblables et sur Dieu. Il n'agit plus sous la contrainte d'une morale légaliste, mais se positionne librement face à des servitudes très humaines. Il témoigne qu'il appartient bien au monde des hommes, mais son espérance ne se conjugue plus au temps de sa finitude ; elle se marque d'une rencontre qui a bousculé son centre de gravité. L'homme appartient désormais a celui qui offre un sens à sa vie dans ce monde, parmi les siens.
Le salut par la grâce concerne l'homme en entier et n'est pas juste un ensemble de préceptes moraux nous rappelant à l'ordre le temps d'une lecture. C'est un mouvement, un retournement de l'homme qui se traduit en termes d'éthique sociale, familiale. En nous appelant à reconsidérer notre implication dans notre quotidien, Dieu nous fait participer à sa grâce, nous la fait goûter en pratique, et nous en devenons de ce fait à la fois responsables, et collaborateurs, ce qui n'est pas rien, non ?

© Réveil - Lire la Bible – mars 2008