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[lundi 4 février 2008 00:00]

Esther : Dieu est présent dans les silences

Odile ROMAN-LOMBARD
(Pasteur à Tournon)

« L’histoire d’Esther institue le rituel des Pourim ; c’est pourquoi elle est écrite dans ce livre. »
Esther 9, 32


Ce petit livre, que les chrétiens ont tendance à délaisser, n’a pas perdu de son actualité pour le judaïsme, pour qui la fête annuelle de Pourim rappelle la délivrance obtenue par la reine Esther. Il nous rappelle aussi combien Dieu est présent dans les silences et peut agir dans les absences.

Esther, une jeune et belle orpheline juive a été élevée en Perse par son cousin et tuteur Mardochée. Elle devient l’épouse du roi de Perse Xerxès. A cette époque, le grand vizir, Hamam fait une carrière fulgurante. Il dispose de tous les pouvoirs grâce au sceau royal et attend de chacun qu’il mette les genoux à terre en sa présence. Mardochée refuse de s’incliner devant lui ; Hamam décide d’exterminer les juifs. Il persuade le roi d’ordonner un massacre général de ce peuple. Déjà l’édit est promulgué et scellé, les ordres expédiés pour l’exécution.
Mardochée intervient alors énergiquement auprès de la reine Esther, sa nièce. Celle-ci hésite car elle redoute le roi. Enfin convaincue, elle se rend auprès du roi qui lui réserve bon accueil et elle demande le lendemain grâce pour son peuple. Hamann terrorisé de l’avantage prise par la reine se précipite à ses pieds. Mais le roi se méprend sur son geste et condamne le vizir à être pendu au gibet préparé pour Mardochée. Le roi, qui ne peut révoquer son édit, autorise alors les juifs à se défendre. En souvenir de ce succès, les juifs célèbrent la fête de Pourim.
La présence d'une telle histoire dans la Bible est surprenante car la violence et la vengeance y occupent une place importante. On a plus l’impression de lire un conte oriental, teinté d’ironie, où les faibles (une orpheline, un homme condamné) réussissent à sauver leur peuple. Le nom de Dieu n’y figure pas dans la version hébraïque et son action ne semble discrètement évoquée qu’en 4,14 : « soulagement et délivrance surgiront d’un autre endroit » peut-être aussi dans la providentielle insomnie du roi au début du chapitre 6. Une version grecque tente de redonner un ancrage un peu plus divin à cette histoire.
Peut-on faire une lecture spirituelle de cette histoire ? C’est le schéma de renversement du récit qui finalement suggère une intervention divine. Les différents éléments du chapitre semblent se répondre comme pour mettre en évidence le geste d’Esther et l’inattendu du renversement.

Chap. 1 : puissance du roi Xerxès
Chap. 2 : Esther une jeune fille juive devient reine
Chap. 3 : décret visant l’extermination des juifs
Chap. 4-7 : Esther tente d’agir
Chap. 8 : décret en faveur des juifs
Chap. 9 : vengeance et institution de la fête juive
Chap. 10 : puissance de Mardochée

Le livre ne dit pas de manière magistrale que Dieu agit à tel ou tel moment, mais c’est dans l’alliance de la ténacité d’un petit nombre de convaincus et d’un « miracle » que le peuple de Dieu est finalement sauvé. Certes la part prise par les hommes est importante : Mardochée, puis Esther, font tout pour sauver leur peuple, mais il y a aussi l’amabilité du roi envers Esther, l’insomnie, pouvant se lire comme le fait du hasard ou la part de Dieu.
Quelle est la part de Dieu dans tout cela ? Le texte ne tranche pas mais nous laisse face à cette question.


© Réveil - Lire la Bible - février 2008