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[vendredi 4 avril 2008 01:00]

L’épître de Jude : Le remède aux divisions

Gilbert CARAYON
(Pasteur à Manosque)

« Gardez-vous dans l'amour de Dieu »
Jude 21


Lorsqu'une communauté est divisée par des interprétations particulières, quelle solution préconiser pour rétablir l'harmonie ? Jude a été confronté à cet état de fait. Son épître propose un remède.


L'Eglise de la fin du premier siècle est divisée. Quelques chrétiens d'origine grecque ont gardé de leur culture le rejet de la matière. On les appelle : les gnostiques. Les gnostiques créent des divisions en se considérant comme seuls spirituels. Leur mépris du corps les conduit soit à le brimer, soit à vivre dans la débauche. D'autre part, leur rejet de la dimension physique les amène à dévaloriser la création et à croire en deux divinités : un dieu mauvais créateur et un dieu bon spirituel. Au nom du même principe, ils nient la résurrection et l'incarnation du Christ. Selon eux, Jésus aurait pris une apparence humaine, mais ne se serait pas fait homme à part entière.
A l'opposé, les judéo-chrétiens restent fidèles à la pensée juive. Or, dans le judaïsme on ne porte pas grand intérêt à la « géographie » céleste. Dieu est le Dieu d'Abraham, d'une histoire qui se déroule sur la terre. C'est au sein du peuple d'Israël qu'il se révèle par les prophètes ; lesquels sont inspirés, mais n'ont rien de naturellement divin. Beaucoup de ces judéo-chrétiens croient que Jésus est fils de Joseph et de Marie, prophète et Messie, mais, en ce qui concerne sa nature, un homme comme un autre.
L'épître de Jude témoigne de ces divisions. L'auteur (Judas, frère de Jésus [Marc 6, 3] ou un de ses disciples) est judéo-chrétien. Pour lutter contre l'enseignement gnostique, il cite Caïn, Balaam, Coré, Sodome et Gomorrhe, et même des textes juifs non canoniques tels que l'Assomption de Moïse et le livre d'Hénoch. Au nom de "la foi transmise un fois pour toutes aux saints" (v. 3), il critique l'attitude des gnostiques (vv. 4. 12. 16. 19) qui "souillent la chair" et "méprisent la Souveraineté" (v. 8). Une telle division au sein de l'Eglise ne peut être, pour Jude, que signe de la fin des temps (vv. 17-23).
Quel remède apporter à une telle situation ? Jude propose de « se garder dans l'amour de Dieu » (v. 21). Au nom d'une soi-disant supériorité spirituelle, les gnostiques n'avaient que du mépris pour le genre humain. Jésus lui-même n'aimait pas suffisamment les individus pour se faire homme comme eux. Les judéo-chrétiens mettaient des limites à l'amour de Dieu en niant, eux aussi, l'incarnation. Ces deux extrêmes portent atteinte à la relation d'amour entre Dieu et l'être humain. Il est étrange de constater que l'Eglise ne sera ni gnostique, ni judéo-chrétienne, mais choisira de croire que Dieu aime tellement l'humanité qu'il la rejointe, en Jésus, jusqu'à la mort.
"Gardez-vous dans l'amour de Dieu", écrivez Jude. Le remède à l'hérésie est de croire que Dieu aime l'être humain. Toutes les divisions proviennent de la négation de l'amour de Dieu.

© Réveil - Lire la Bible – avril 2008