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[mercredi 4 juin 2008 01:00]

L'Ecclésiaste : Du désespoir à la vie en vérité

Jérémy DUVAL
(Pasteur en Montagne des Cévennes)

« J’ai donc loué la joie, parce qu’il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger, à boire et à se réjouir. »
Ecclésiaste 8,15


L’Ecclésiaste, Qohelet, est un livre dont on ne retient généralement que quelques passages parmi la collection de pensées qui semblent entassées de manière désordonnée. Ils nous délivrent une sagesse évidente dont on se satisfait. Mais c’est oublier le jugement premier et dernier : Tout est vanité !


Tout est vanité : ce jugement, on ne peut le relativiser. Il est total et dépèce tout de sa féroce lucidité. Le bonheur, le travail, la sagesse, l’argent, le pouvoir : tout ce par quoi l’homme tente de donner valeur et consistance à sa vie, tout cela est vanité et poursuite du vent.
Cette sentence nous conduit d’abord à une sorte d’indifférence relative, habituellement exprimée comme suit : « Alors, à quoi bon ? » Mais s’il s’était contenté de cela, nous n’aurions pas retenu l’Ecclésiaste dans les livres canoniques. Et en effet, il va plus loin. Il va jusqu’à exprimer de la haine : « j’ai haï la vie » (2,17). Et quand la haine monte dans le cœur de Qohelet, c’est le désespoir le plus total qui s’empare de sa personne. Mais là encore, c’est une vanité. La vanité de la personne, de l’ego, du « Moi, je ». Mais alors que reste-t-il ? Ou plutôt, reste-t-il encore quelque chose ?
En fait – et c’est pourquoi l’Ecclésiaste est, malgré les apparences, un livre si difficile à comprendre –, il nous est impossible de nous arrêter sur une seule sentence et d’en tirer un enseignement.

La contradiction
Prenons par exemple le sujet du bonheur, de la joie. Nous trouvons ceci : « Je t’éprouverai par la joie et tu goûteras le bonheur. Et voici, c’est encore là une vanité. J’ai dit… de la joie : à quoi sert-elle ? » (2,1-2) ; et ceci : « J’ai donc loué la joie, parce qu’il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger, à boire et à se réjouir » (8,15). Nous nous trouvons devant une contradiction irréductible, qu’il est impossible de faire entrer dans un raisonnement logique. Il dit : « la joie est une vanité » et en même temps : « tout au long de ta vie, jouis du bonheur ! »
Cette contradiction est nécessaire au message de l’Ecclésiaste ; elle en est même le cœur. Elle évite à l’homme de se laisser enfermer dans des raisonnements tout faits. Elle ne lui évite pas le désespoir mais, bien au contraire, l’invite à désespérer de tout. Cependant, il y a une issue, un passage. Pour nous, cette issue a un nom : Jésus-Christ. Il est la contradiction puisque c’est Dieu fait homme : contradiction impossible à résoudre sinon dans la foi et la décision.

Le don de Dieu
En effet, l’Ecclésiaste ne nous conduit pas au désespoir pour nous y laisser, de la même manière que Dieu n’a pas conduit son peuple au désert pour l’y laisser périr, mais au contraire pour qu’il vive. Mais la leçon de l’Ecclésiaste est bien plutôt de nous accompagner vers la reconnaissance que tout ce que nous vivons n’est pas de notre fait, mais que c’est un don de Dieu. Et Dieu, loin de se désintéresser de ta vie, « prend plaisir à ce que tu fais ». Ne t’inquiète donc pas outre mesure de tout ce qui t’arrive et des choix que tu fais « sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité » ; vis aujourd’hui « avec ta force ». le jugement n’est pas entre tes mains, tu en es libéré, dès maintenant, sur parole.


© Réveil - Lire la Bible - juin 2008