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[dimanche 4 mai 2008 01:00]

La 3e lettre de Jean : L'épreuve de la division

Alain MASSINI
(Pasteur à Clermont-Ferrand)

« J’ai écrit un mot à l’Eglise. Mais Diotréphès qui aime à tout régenter ne nous reconnaît pas. »
III Jean 9



Cette lettre, attribuée à l’apôtre Jean, appartient à l’école de pensée qui a produit l’évangile de Jean et les trois lettres rassemblées sous ce nom. Elle marque la fin de l’existence historique des Eglises issues de ce courant qui vont désormais s’abîmer dans la division.

Cette lettre de recommandation fait état de faits concrets qui restent pour nous obscurs, tout comme l’identité de l’Ancien et des principaux protagonistes : Gaïus, Diotréphès et Démétrius. Elle nous présente la démarche pathétique d’un homme qui, jouissant d’une autorité certaine dans les Eglises issues du courant johannique, se trouve désormais exclu d’une de ces Eglises, alors que dans la 2e Epître de Jean, il invitait à ne pas recevoir ceux qui professaient une doctrine contraire à celle qu’il enseignait (Cf. II Jean 10).
C’est bien là, en effet, ce que révèle sa demande : Après avoir encensé Gaïus qui « marche dans la vérité » (v. 1-4) et lui avoir demandé d’accueillir les envoyés qu’il lui recommande (v. 5-8), l’Ancien lui fait part de ses difficultés avec un certain Diotréphès « qui aime à tout régenter», ne reconnaît pas son autorité et ne reçoit pas les « frères » dans sa communauté (v. 9-10).
Les quelques éléments fournis par cette lettre ne nous permettent pas de comprendre les raisons qui ont provoqué le conflit interne de cette Eglise. Est-ce un conflit doctrinal qui reposerait : sur un débat théologique entre les divers courants du christianisme primitif, ou sur une interprétation gnostique de la tradition johannique comme le suggère la 2e Epître de Jean. Celle-ci dénonce ceux qui « ne professent pas la foi à la venue de Jésus-Christ dans la chair » (II Jean 7) et pensent que la vérité n'a rien à faire avec les réalités terrestres : ils distinguent ainsi radicalement le monde spirituel, le monde de Dieu, du monde historique et charnel, frappé du sceau du péché. Mais le texte ne permet pas de le dire, car il ne parle ni de fausse doctrine, ni d’excommunication.

La raison du conflit serait à rechercher dans la contestation de l’autorité et du pouvoir. Diotréphès, qui joue un rôle prépondérant dans cette Eglise locale, s’oppose à toute collaboration avec l’Ancien et refuse d’accueillir ses envoyés. Il a pris une place, dans la communauté, qui ne lui revient pas. Cette crise serait-elle due seulement à un problème de personnes ou à un débat sur la conception de l’Eglise opposant une Eglise « charismatique », composée de missionnaires itinérants bénéficiant du soutien de l’Ancien, à une Eglise institutionnelle que défendrait Diotréphès ? Là encore nous ne pouvons trancher.

Si nous en sommes réduits à des conjectures sur les raisons de ce conflit, cette lettre nous renvoie cependant à notre humanité faite de faiblesses plus que de grandeur, comme en témoigne la démarche à laquelle est réduit l’Ancien. Elle nous invite encore aujourd’hui, dans d’autres contextes, à méditer sur l’origine des crises qui ont de tout temps perturbé nos communautés et contredisent le témoignage de la foi qu’elles entendent pourtant proclamer.

© Réveil — Lire la Bible – mai 2008