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[samedi 4 octobre 2008 01:00]

Les Actes des Apôtres : Vous serez mes témoins (2)

Emmanuelle STEFFEK
(Chercheuse FNS (Fonds national suisse)
Université de Lausanne)

 

"Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, nous tous en sommes témoins"
Actes des apôtres 2,32

Que signifie pour l'auteur des Actes des apôtres, être témoin ? Le témoin est celui qui parle non de lui et de ses actes, mais qui annonce la Bonne nouvelle d'un Dieu qui a ressuscité Jésus Christ, et qui continue à rendre compte de cette Bonne nouvelle, même dans un contexte difficile.


C'est sur ces mots que le Ressuscité prend congé de ses disciples, au début du livre des Actes, avant d'être enlevé aux cieux (Ac 1,8-9). Affirmation sous forme de mandat, assortie de la promesse de recevoir l'Esprit pour transmettre la Bonne nouvelle de Dieu. Terrible mandat, cependant, car les témoins ne seront pas épargnés par toutes sortes de tribulations ! Faut-il rappeler que le mot témoin, martus en grec, a donné le mot martyr, c'est-à-dire celui qui est prêt à aller jusqu'à la mort pour affirmer sa foi ? Témoigner de sa foi, proclamer que Jésus est le Messie, est une route semée d'embûches qui se heurtera à l'incompréhension, l'hostilité, et la raillerie, et cela dès Pentecôte, où les disciples, parlant en langues, sont soupçonnés d'être ivres à 9 heures du matin (Ac 2,15) !

Mais au juste, qu'est-ce qui qualifie un témoin, selon les Actes ? Relevons avant tout que l'appellation témoin est la plupart du temps réservée aux Douze, choisis par Jésus lui-même, et présents à ses côtés du début à la fin de son ministère. L'apôtre Paul, qui n'a pas connu Jésus de son vivant, fait exception (mais quelle exception !). La tâche première du témoin est de rendre témoignage de Jésus, le Christ ressuscité. Très exactement, il s'agit de rendre compte de l'œuvre de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts. Ensuite, le témoin doit être au bénéfice de l'Esprit saint, conformément à la promesse énoncée en Ac 1,8. Car l'Esprit donne puissance et audace pour proclamer l'Evangile, dans un contexte de violence verbale, mais parfois aussi physique, dans lequel les témoins évoluent. La troisième composante du rôle du témoin est son caractère collectif : ce n'est pas une seule personne qui rend compte de sa foi, mais c'est une personne qui s'exprime au nom du groupe des témoins : quand Pierre ou Paul prononcent leurs discours, ils ne s'expriment presque jamais en « je », mais en « nous ».

Mentionnons enfin pour terminer la teneur du témoignage, telle que l'entend Luc, car elle et capitale : jamais un témoin, dans les Actes, ne se prendra en exemple pour inciter ses auditeurs à la conversion ! Ce n'est pas la personne du témoin, ni même son comportement, qui suscite la conversion, mais c'est la personne que ce témoin annonce. Nous voici aux antipodes de certaines démarches missionnaires douteuses et médiatisées à la sauce télé-réalité, où des personnes viennent « témoigner » que Jésus les a guéries de telle maladie, ou qu'il leur a permis de changer tel comportement malsain, invitant leurs auditeurs à les imiter pour éviter d'avoir à subir un cruel châtiment divin, ou, ce qui revient au même dans certains esprits, à tomber sous la coupe du diable !
Alors, témoin, oui, mais pas exemple à suivre ni modèle à imiter. Témoin de celui qui fut lui-même témoin de l'amour inconditionnel d'un Dieu qui relève son envoyé d'entre les morts.

© Réveil — Lire la Bible — octobre 2008