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[mardi 4 novembre 2008 00:00]

Les Actes : L'Esprit, compagnon des témoins (3)

Emmanuelle STEFFEK
(Chercheuse FNS (Fonds national suisse)
Université de Lausanne)

"Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous."
Actes des apôtres 1,8

L'Esprit est un agent primordial dans l'essor de la mission chrétienne : il octroie des dons particuliers, il dirige les pas des apôtres, leur donne audace et assurance pour proclamer leur foi, leur offre la capacité d'accomplir des miracles et les guide sur le chemin de l'expansion de l'Évangile.


Comme il a été mentionné précédemment, le don de l'Esprit est une des caractéristiques de la fonction de témoin. Mais comment se manifeste ce don de l'Esprit, et à qui est-il accordé ?
La manifestation la plus frappante (et la première évoquée dans le livre des Actes) est le parler en langues. Étrange expérience, du reste, qui nous interpelle aujourd'hui autant qu'elle a intrigué les spectateurs de ce phénomène aux premiers jours de l'Église : voilà des hommes (et probablement aussi des femmes) d'origine galiléenne, qui s'expriment dans diverses langues étrangères, de façon à être compris par toutes les nationalités présentes à Jérusalem en ces temps de fête juive de Pentecôte. Notons cependant la différence : il s'agit ici d'un phénomène de xénoglossie (le fait de parler des langues étrangères), et non de glossolalie (celui de parler en langues inintelligibles, comme le rapporte l'apôtre Paul, cf. I Corinthiens 14).
L'autre manifestation de l'Esprit est de donner audace et assurance aux témoins pour proclamer la parole : tous les témoins seront au bénéfice de ce don ; en grec, le mot parrèsia signifie à la fois assurance, audace, franc-parler et liberté d'expression : l'Esprit dénoue les langues, pourrions-nous paraphraser.
L'Esprit guide les témoins sur le chemin de l'expansion de l'Évangile ; il est même parfois étrangement intrusif, et les apôtres ont parfois de la peine à se soumettre aux ordres surprenants qui leur sont dictés ! C'est par lui que les apôtres accomplissent des guérisons, des miracles, des exorcismes et même des résurrections.
Dans les Actes, ce ne sont jamais les témoins, les apôtres, l'Église, qui décident du déroulement des événements, mais c'est l'Esprit qui précède et ratifie par avance la percée de l'Évangile hors de Jérusalem : c'est lui qui suscite le baptême de l'eunuque éthiopien (le premier non-juif des Actes) par Philippe sur la route de Gaza (8,26-40), c'est lui aussi qui amène les croyants d'origine juive à accepter l'inacceptable : des païens aussi peuvent recevoir l'Esprit, parler en langues et être baptisés (10,1-11,18).
En cette époque d'effervescence que furent les premiers temps de la communauté chrétienne, les manifestations de l'Esprit étaient très perceptibles, palpables, visibles et impressionnantes. De nos jours, il se fait, semble-t-il plus discret. Peut-être est-ce que parce que notre ferveur, notre attente du Royaume se fait elle aussi moins pressante et que l'Esprit, s'il a guidé les faits et gestes des premiers chrétiens, demande également à être sollicité : ne reçoit pas l'Esprit qui veut, ou qui le requiert à des fins versatiles : Simon le mage (8, 4-25) et les fils de Scéva (19,14-16) en feront l'amère expérience ; l'Esprit est généreux, mais exigeant, et il ne se donne pas sans se faire prier !

© Réveil — Lire la Bible — novembre 2008