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[jeudi 4 décembre 2008 00:00]

 

Les Actes : Au centre des Actes, la résurrection (4)

Emmanuelle STEFFEK
(Chercheuse FNS (Fonds national suisse)
Université de Lausanne)

« Lui qu'ils ont supprimé en le pendant au bois, Dieu l'a relevé le troisième jour et lui a donné de manifester sa présence » Actes 10.40

Contrairement à Paul, ce n'est pas la croix, mais la résurrection, qui constitue le cœur du message des Actes. Le relèvement de Jésus d'entre les morts est perçu comme l'acte par lequel Dieu réalise son plan de salut.

Contrairement à l'apôtre Paul, pour qui la croix est primordiale, Luc met en avant la résurrection comme l'événement salvifique par excellence : la résurrection de Jésus représente pour lui la réalisation des promesses de Dieu, et elle est le noyau de la Bonne nouvelle porteuse de salut pour tous les hommes.
La résurrection se trouve à la charnière de l'œuvre de Luc, concluant son évangile (Luc 24.50-53) et ouvrant le second volet de son récit (1.3-11). Elle est un trait récurrent des discours missionnaires : presque tous les discours des Actes la mentionnent. Pour Luc, donc, la résurrection est d'une importance tout à fait vitale dans la réalisation du plan de Dieu.
L'auteur des Actes insiste, presque lourdement, sur la réalité de cet événement : l'élu de Dieu ne « peut pas » connaître la décomposition (2.27-31 ; 13.34-37) ; d'ailleurs son tombeau est vide, contrairement à celui de David, que l'on peut encore voir à Jérusalem (2.29) ; des témoins ont « vu » Jésus ressuscité (très exactement, « il s'est fait voir ») ; bien plus, ils ont mangé et bu avec lui après sa résurrection (1.4 ; 10.41). Le relèvement de Jésus d'entre les morts n'est donc pas le résultat d'une hallucination collective, ou d'une machination destinée à accréditer le message des apôtres : Matthieu, à la fin de son évangile (Matthieu 28.12-15), rapporte une rumeur répandue par les juifs selon laquelle les disciples, pour faire croire à la résurrection de leur maître, auraient dérobé le corps pour le cacher ailleurs. C'est peut-être pour contrer cette rumeur, probablement encore vivace lors de la rédaction de son œuvre, que Luc insiste pareillement sur la réalité de la résurrection « corporelle » de Jésus.

Notons enfin que Luc ne s'étend jamais sur la « résurrection des êtres humains » (exception cependant, en Actes 24.15, où on affirme que les justes et les injustes ressusciteront). Pourquoi ce mutisme, alors que la résurrection de Jésus est un thème si cher à Luc ?
Avançons deux éléments de réponse : en premier lieu, il faut relever que pour Luc, la résurrection de Jésus est un fait unique et « irrépétable », qui n'a rien à voir avec les réanimations de morts dont il parle avec une extrême parcimonie (9.36-42 ; 20.7-12) ; rappelons ensuite, que dans la conception des auteurs néotestamentaires, la résurrection n'est pas une affaire individuelle, mais un donné de communion, une affaire collective : on ne ressuscite jamais seul, mais avec les autres. Il est peut-être bon de le rappeler de nos jours, où l'individualisme tend à nous faire oublier la dimension collective de la foi, et où chacun est tenté de se bricoler la petite religion qui lui convient…

 

© Réveil - décembre 2008