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[dimanche 4 janvier 2009 00:00]

Les Actes : Philippe, obéissant et discret (5)

Emmanuelle STEFFEK
(Chercheuse du Fond national Suisse,
Université de Lausanne)

« Quant à Philippe, il se retrouva à Azôtos et il annonçait la Bonne nouvelle dans toutes les villes où il passait jusqu'à son arrivée à Césarée » (Actes 8,40)

À côté de Pierre, Paul, et de leurs principaux collaborateurs, il est un homme dont l'efficace discrétion demande à être réhabilitée : Philippe l'évangéliste, un pionnier dans l'évangélisation hors des murs de Jérusalem.

Il est généralement admis que le premier à offrir l'Evangile aux non-juifs est l'apôtre Pierre, en Actes 10. Or, il n'en est rien : le pionnier en la matière fut Philippe, qui évangélisa la Samarie (8,4-40). Quel fut le rôle de Philippe, et qui est-il, ce personnage discret, mais qui gagne à être connu ?
Il est un de ces hommes de l'ombre au service d'une cause dont un plus grand sera le héraut, un de ces noms vaguement familiers, mais à qui justice est peu rendue pour son travail au profit de l'Église.
Philippe apparaît pour la première fois en Actes 6, lors de l'institution des Sept. Luc dit qu'il est chargé du « service des tables », fonction destinée à soulager le labeur des apôtres à qui est réservé le service de la parole (6,1-7). Pourtant, c'est par une activité missionnaire que Philippe est (un peu) connu : à Samarie, il est aux prises avec Simon le magicien, qu'il convertit et baptise (8,9-13) ; Pierre et Jean viennent entériner, par le don de l'Esprit, le baptême que Philippe avait octroyé aux Samaritains. Ensuite, l'ange du Seigneur lui enjoint de se trouver sur la route de Jérusalem à Gaza, où Philippe rencontrera un eunuque éthiopien, qu'il évangélisera et baptisera également (8,26-39). Une courte notice au verset 40 signale son activité missionnaire, probablement intense, d'Azot à Césarée.
C'est d'ailleurs à Césarée que nous le retrouvons une dernière fois (21,8-9) ; Paul, en route pour Jérusalem depuis Éphèse, y fait halte et réside chez Philippe. À cette occasion, Luc nous apprend que Philippe est qualifié d'évangéliste, et qu'il est père de quatre filles qui prophétisaient.
Mais que dire de plus de Philippe ? Qu'il fût obéissant, certes : un ange lui donne l'ordre apparemment farfelu de se rendre, en plein midi, sur une route déserte ? Il obtempère. Qu'il fût discret, le laconisme de Luc à son sujet est explicite. Qu'il fût surtout efficace, les rares mentions de son activité le prouvent. Qu'il ait transmis sa foi à ses filles, qui par leur don de prophétie, exercent elles aussi un ministère en Église, est très probable.
Dans le fond, Philippe n'est-il pas la figure de tous ces bénévoles, obéissants, discrets et efficaces qui œuvrent dans l'ombre, et sans toujours beaucoup de reconnaissance, pour leur paroisse, leur Église ? Bénévoles, qui abattent un travail considérable, discrètement, et qui sèment ce que les grandes figures récolteront, en revendiquant parfois les fruits du labeur d'un plus humble.
Alors, si j'avais une suggestion à faire aux Églises, ce serait de faire du 3 mai, jour de la Saint-Philippe, le jour des bénévoles en Église. Pour que soient manifestées leur discrétion et l'importance de leur engagement. Discret, mais tellement utile…


© Réveil - janvier 2009