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[mercredi 4 mars 2009 10:52]

Les Actes : Paul, héraut de l'Évangile (7)

par Emmanuelle STEFFEK


« Le Dieu de nos pères t'a prédestiné à connaître sa volonté, à voir le Juste et à entendre la voix sortie de sa bouche ; car pour lui tu dois être témoin devant tous les hommes de ce que tu as vu et entendu »
Actes 22,14-15


Pour Luc, Paul est le vecteur de l'Évangile vers les nations, plus que le héros de son récit. Son parcours, de persécuteur à persécuté, est l’exemple du parcours du chrétien, qui passe de l'incrédulité féroce à la foi affirmée.


Héraut plus que héros, quoique Luc tienne Paul en haute estime, puisqu'il est le personnage principal de plus de la moitié de son récit (Actes 13-28). Personnage principal, mais pas héros : Luc ne brosse pas le portrait d'un homme exceptionnel (même s’il l’est à ses yeux), mais d'un porte-parole efficace et engagé. D'un homme aussi tourmenté, dont la vie ne fut pas simple, qui connut des tensions, qui eut à faire face à de nombreux problèmes, à affronter maintes méprises, à essuyer des railleries, des outrages parfois même physiques et, au final, à subir l'emprisonnement qui aboutira à son exécution (que les Actes des apôtres, du reste, ne racontent pas). Oui, Luc voue une admiration sans bornes à Paul… mais dans la mesure où, pour lui, Paul, par sa prédication, a permis au message chrétien de se répandre au-delà des frontières du judaïsme. Paul, pour Luc, n'a pas été, quoiqu'on en dise, l'inventeur du christianisme, mais son fidèle vecteur. Il a également constitué, pour les chrétiens de la génération de l'auteur des Actes, un modèle exemplaire, un chrétien type : du statut de persécuteur (Actes 8,3 ; 9,1-2), son retournement sur le chemin de Damas (9,3-19) le fait passer au rang de persécuté, de rejeté, de renégat du judaïsme, de trublion de l'ordre romain. Les coups pleuvent de partout : des premiers disciples de Jérusalem, qui craignent cet homme qui cherchait auparavant à les anéantir (9,13-14.26) ; des juifs qui le considèrent comme un apostat et un danger potentiel digne de mise à mort (13,45.50 ; 14,5.19 ; 17,5) ; dans une moindre mesure (car Luc cherche à se ménager les bonnes grâces de l'Empire, et minimise du coup l'hostilité des autorités à l'égard de Paul, s'ingéniant même à montrer qu'ils le protégeaient des foudres des juifs), certains romains voient en lui un agitateur prêcheur de rébellion (16,20-23 ; 21,38). Pour les Actes des apôtres, Paul n'est pas un homme de plume (jamais Luc n'évoque l'activité épistolaire de Paul), mais un homme de parole, qui va de ville en ville, de Jérusalem à Rome pour, inlassablement, transmettre la Bonne nouvelle. Pour Luc, Paul est un « témoin », exactement comme ce témoin que les athlètes se passent de main en main lors d'une course de relais : ce n'est pas le témoin qui importe (même si la chute du témoin peut être préjudiciable), mais la fin de la course, le signe dont il est porteur : la réussite d'une entreprise commune, d'un effort commun. Si nous ne sommes pas tous des Paul, nous pouvons néanmoins être tous de précieux témoins, passant le relais à d'autres qui porteront, après nous, plus loin que nous, le message de l'Évangile : même si notre course est brève, elle est utile pour mener à la victoire !

 

Réveil - Lire la Bible - mars 2009