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[samedi 4 avril 2009 01:00]

Les Actes : Juifs et chrétiens au premier siècle, des frères ennemis ? (8)

par Emmanuelle STEFFEK


« Paul s'écria au milieu du Sanhédrin : Frères, je suis Pharisien, fils de Pharisiens ; c'est pour notre espérance, la résurrection des morts, que je suis mis en jugement. »
Actes 23,6



Les relations entre juifs et chrétiens sont décrites par l'auteur des Actes comme une relation de frères ennemis, où se mêlent à la fois une hostilité croissante et une considération mutuelle.


Le livre des Actes des apôtres nous offre la chronique d'une rupture douloureuse qui s'est produite entre juifs et chrétiens. Cette rupture, comme toutes les séparations, ne s'est pas faite sans mal et Luc ne cache pas les crises qui ont émaillé la naissance de la chrétienté et sa progressive émancipation du judaïsme. Il insiste même lourdement, dans la première partie de son livre (Actes 1-12), sur la responsabilité juive dans la mort de Jésus (très exactement, sur la responsabilité des habitants de Jérusalem et de ses autorités religieuses, cf. 13,27).
À Jérusalem, les apôtres sont emprisonnés par le Sanhédrin (4,3 ; 5,18), ils sont battus (5,40), il leur est interdit de prêcher le nom de Jésus (4,18 ; 5,28.40).
L'apôtre Paul, dès sa conversion, aura maille à partir avec ses ex-coreligionnaires, et ce, jusqu'à la fin du récit (9,23.29 ; 13,50 ; 17,5…).
Mais, dans le même temps, l'auteur des Actes s'attache à souligner qu'un lien fort subsiste entre juifs et chrétiens : les premiers chapitres du livre (Actes 1-5) montrent les disciples attachés au Temple et à ses rites : ils y montent pour prier (3,1), ils y prêchent (3,11-26). Paul revendiquera toujours son respect des coutumes de Moïse (16,3 ; 24,14 ; 28,17) et insistera sur son identité juive (22,3).
Les synagogues juives réparties dans l'ensemble du bassin méditerranéen ont même été des têtes de ponts pour la mission chrétienne ; dès leur arrivée dans une ville, Paul et ses compagnons se rendent invariablement en premier lieu à la synagogue où, dans un premier temps, ils reçoivent un accueil favorable (13,43). Les choses se gâtent cependant rapidement lorsque les juifs se rendent compte du succès des apôtres auprès de non-juifs (13,45 : « A la vue de cette foule, les juifs furent pris de fureur et c'était des injures qu'ils opposaient aux paroles de Paul »).
Mesurons bien l'importance de cette donnée : la séparation entre juifs et chrétiens n'est pas le fruit de divergences de points de vue doctrinaux, ni une banale affaire de jalousie comme une lecture rapide pourrait le faire penser, mais provient de l'offre du salut aux païens. Cette offre n'en devient pas pour autant, face à l'hostilité croissante des juifs, l'apanage exclusif des païens ; inlassablement, Paul annoncera l'Evangile « d'abord » aux juifs, avant de s'adresser aux non-juifs. La vision que Luc a du peuple de Dieu est celle d'une communauté où juifs et chrétiens coexisteraient dans un respect mutuel tout en gardant chacun leur spécificité.
Rien de nouveau sous le soleil, donc : même aux premières heures de l'Église, crispations et tensions inter-religieuses (et même intra-religieuses) étaient déjà le lot de communautés qui ont bien dû apprendre à vivre côte-à-côte sans s'entre-déchirer, même si la cohabitation n'a pas toujours été aisée.

 

© Réveil - Lire la Bible - avril 2009