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[lundi 4 mai 2009 01:00]

Les Actes : Magie ou miracle ? Quand l'argent fait la différence… (9)

par Emmanuelle STEFFEK


« De l'or ou de l'argent, je n'en ai pas ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazoréen, marche ! »
Actes 3,6



Deux épisodes des Actes mettent aux prises les missionnaires avec des pratiques magiques que Luc réprouve, tout en admettant qu'elles offrent bien des similitudes avec les miracles divins. Comment différencier ? Réponse : grâce à l'argent !


En Actes 8,5-25, Luc rapporte l'étrange histoire de Simon, le magicien, qui « tenait dans l'émerveillement la population de la Samarie ». Arrive alors l'évangéliste Philippe qui convertit les Samaritains, y compris Simon. Mais ce dernier commet une grave méprise : voyant que, par l'imposition des mains, les Samaritains reçoivent l'Esprit saint, il propose d'acheter ce pouvoir de conférer lui aussi l'Esprit ! Simon est vertement remis à sa place par Pierre qui lui conseille de se repentir et de prier que Dieu lui accorde le pardon.
En Actes 19, Luc raconte une autre histoire où magie et argent sont mis en relation. L'affaire est cocasse : Luc commence par mentionner que Paul accomplissait des miracles « peu banals, à tel point qu'on prenait, pour les appliquer aux malades, des mouchoirs ou des linges qui avaient touché sa peau » (v. 12-13) ! L'auteur ne semble pas voir en cela une pratique répréhensible (comme il avait relevé en 5,15, sans en paraître choqué, que l'on croyait aux vertus curatives de l'ombre de Pierre !).
Il rapporte ensuite le récit de l'exorcisme raté, tenté par les sept fils d'un grand prêtre juif : ces exorcistes essaient de maîtriser un esprit mauvais, en prononçant sur lui le nom de Jésus ; mais au lieu de mater l'homme à l'esprit mauvais, ce sont eux qui se font assaillir par le malade et doivent s'enfuir « à moitié nus et couverts de plaies » (v. 16). Suite à la déconfiture des exorcistes juifs, les fidèles viennent faire aveu public de leurs pratiques magiques et l'on organise un autodafé de livres de magie (v. 18-19). C'est ici que Luc fait le lien entre pratique magique et argent : la valeur des livres brûlés, dit-il, est estimée à 50 000 pièces d'argent (environ 30 000 euros !).
La pratique de la magie était donc un commerce des plus lucratifs ; l'auteur des Actes s'insurge contre ce monnayage, et différencie ainsi charlatanisme et miracle divin opéré par l'intermédiaire des apôtres : contrairement à la magie, l'Evangile est gratuit ! Il a d'ailleurs posé cet axiome fort au chapitre 8, dans l'épisode de Simon le magicien : « Périsse ton argent, et toi avec lui, pour avoir cru que tu pouvais acheter, avec de l'argent, le don gratuit de Dieu » (v. 20).
Si les guérisons miraculeuses peuvent nous paraître étranges, et même suspectes, pour notre mentalité rationaliste, l'argent et son usage, par contre, nous sont familiers ; encore faut-il ne pas se tromper de cible, savoir d'où il vient, où il va, et ce que l'on en fait. Comme Luc, soyons attentifs à voir en lui la ligne de démarcation entre charlatanisme et véritable Évangile : si le premier s'achète (ou se paie), le second doit toujours être gratuit. Après tout, « gratuit » et « grâce » dérivent tous deux du même mot latin gratia, qui signifie « reconnaissance » !

 

© Réveil - Lire la Bible - mai 2009