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[mardi 2 juin 2009 01:00]

Les Actes : Une parole qui fait son chemin (10)

par Emmanuelle STEFFEK


« Ainsi, par la force du Seigneur, la Parole croissait et gagnait en puissance »
Actes 19.20



De Jérusalem à Rome, les témoins de l'Évangile sont les porteurs d'une parole qui se propage, qui bouge et fait bouger. Car la Parole ne doit pas rester enfermée, elle a besoin d'espace pour s'exprimer et pour laisser s'exprimer l'esprit de Dieu au travers de ses porteurs.


Dans les Actes, la Parole est mobile. On pourrait même dire qu'elle a la bougeotte, tant elle se déplace sans arrêt, portée par les apôtres ! La propagation de la parole de Dieu est un thème majeur du livre des Actes, à telle enseigne qu'on pourrait d'ailleurs rebaptiser le livre « Actes de la Parole » : en effet, ce que racontent les Actes, c'est avant tout l'avancée triomphale de la Parole, malgré les résistances rencontrées (rappelons que la première sortie de l'Évangile hors de Palestine fait suite au martyre d'Étienne et à la persécution qui s'en suivit, cf. 8,1-4).
Le mandat du Ressuscité, posé tout au début de l'œuvre, stipule : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'à l'extrémité de la terre » (1,8). Plusieurs « refrains de croissance » jalonnent le livre, indiquant la croissance de la Parole de Dieu, et par là même, celle de l'Église (6,7 ; 9,31 ; 12,24 ; 16,5 ; 19,20 ; voir aussi 13,49 : « La parole du Seigneur gagnait toute la contrée »).
En outre, il faut noter que témoignage et voyage sont indissociables ; chaque avancée de la Parole est assortie d'un déplacement : Philippe se rend en Samarie (8,4), Paul connaît sa vocation de témoin sur le chemin de Jérusalem à Damas (9,3), Pierre voyage entre Joppé et Césarée pour rencontrer et baptiser Corneille (ch. 10-11). Inutile de rappeler la vie itinérante de l'apôtre Paul, qui, à de rares exceptions près (19,10 relève qu'il est resté plus de deux ans à Éphèse ; 18,11 signale un séjour d'un an et demi à Corinthe), semble toujours être en chemin. Les chapitres 21 à 28 sont d'ailleurs consacrés à décrire le long et périlleux voyage de l'apôtre de Jérusalem à Rome. La scène finale du livre (28,16-31) voit Paul, emprisonné à Rome, proclamer « le Règne de Dieu et enseigner ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une entière assurance et sans entraves » (v. 31). Si le témoin est enchaîné, la Parole, elle, reste libre de se propager !
Bien entendu, Rome, où Paul arrive prisonnier et où il mourra martyr (ce que ne nous racontent pas les Actes, du reste), n'est pas, aux yeux de Luc, l'extrémité de la terre évoquée en 1,8. Rome serait plutôt le centre de l'univers, d'où la Parole pourra continuer à faire son chemin, sur les routes de l'Empire et dans le cœur des gens.
Ne devrions-nous pas, chrétiens du XXIe siècle, nous inspirer de ce récit de l'avancée d'une parole qui ne soit pas condamnée à être proclamée, un peu frileusement, dans de rassurants lieux d'Église dûment estampillés ? Peut-être serait-il bon que nous laissions à nouveau, comme il y a deux mille ans, sa liberté à la Parole pour qu'elle puisse continuer son chemin, jusqu'au bout du monde.

 

© Réveil - Lire la Bible - juin 2009