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[jeudi 1 octobre 2009 01:00]

Personnages étonnants  : Mariage mixte pour Ruth la Moabite (2)

par André BOST


« Que l’Eternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi ! »
Ruth 1.17


Connaissez-vous l'histoire de Ruth, l'amie fidèle ? Histoire ? on pourrait dire : le roman ou encore la parabole... Un livre où chacun tente de trouver sa place !
 


Le livre de Ruth déjà, dans notre Bible, change de place : soit avec les « Juges » soit avec les « 5 rouleaux ». Ruth elle-même doit trouver place dans la vie et la société : après la mort de son mari, elle n'est plus rien. Elle n'a plus qu'à retourner chez sa mère. Elle décide autrement et part se chercher une place ailleurs. Elle accepte de renoncer, de changer : « Où tu iras, j'irai, où tu habiteras, j'habiterai, ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu ». Et ce changement la conduit à la conversion.
Ruth est aussi une histoire d'émigrés. Paradoxe : la terre promise connaît la famine. Et Bethléhem, « Maison-du-pain », n'a plus rien à se mettre sous la dent. Elimélek (qui signifie : Dieu-est-mon-roi), sa femme Noémi, la gracieuse, et ses fils « Maladie » et « Fragilité » s'expatrient au pays de Moab, chez les frères ennemis (ou les Palestiniens !).

Dix ans passent, les trois hommes meurent ; d'abord « Dieu-est-mon-roi » puis « Maladie » et « Fragilité ». Châtiment de Dieu ? Noémi en est persuadée. Elle en est remplie d'amertume (le Puissant m'a fait du mal) et veut rentrer à Bethléhem. Sa belle-fille Orpa - celle qui tourne le dos -, devenue veuve, retourne chez sa mère. Mais Ruth décide de suivre Noémi, jusqu'au bout !

Ces deux veuves sont démunies de tout, même si le village les accueille. Vient le temps de la moisson des orges : trop tard pour cultiver le petit terrain d'Elimélek. En attendant, il faut se débrouiller et Ruth est vaillante. Elle va aller glaner derrière les moissonneurs – la glane était une aide officielle aux chômeurs, une sorte de RSA, qui permettait aux pauvres et aux étrangers de survivre (Lévitique 19.9).
Par chance (il s’agit bien de la grâce de Dieu mais Noémi va lui donner un sérieux coup de pouce), Ruth glane chez un propriétaire riche et généreux. Et Ruth lui plaît. Il la protège : une jeune femme dans les champs de blé ? Risqué ! Sa belle-mère la pousse : « Séduis-le, c'est ton salut, et nous sommes un peu parents ». Ruth va enfin trouver sa place : rachetée, en même temps que le champ (en prime ? Mais ça, c'est une idée du XXIe siècle). Tout est bien qui finit bien. Grâce à Dieu ! Ruth est intégrée.

L’histoire de Ruth porte un autre message. Et c'est un autre débat, toujours actuel. Après le retour de l'exil, en Judée, tendance nationaliste et raciste, Esdras, le prêtre, oblige au divorce ceux qui ont épousé des femmes étrangères. Ils doivent les expulser ainsi que leurs enfants, car ils polluent la race sainte ! (Esdras 19.9).

L'histoire de Ruth la Moabite païenne et de ce mariage mixte contestent énergiquement cette position. Cette femme étrangère deviendra la grand-mère du fameux Roi David.

Savez-vous qu'elle est citée dans la généalogie de Jésus ? Il y a de la place pour les étrangers !

© Réveil - Lire la Bible - octobre 2009