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[samedi 29 mai 2010 01:00]

Personnages étonnants  :  Peninna ou l'absurdité d'une vie (10)

par Eugène PY

« ... L'une s'appelait Anne, l'autre Peninna ; Peninna avait des enfants, mais Anne n'en avait pas ! »
I Samuel 1.2

C’est dans les premières lignes du premier livre de Samuel que la Bible nous parle de Peninna. C’est une femme dont l’histoire malheureuse devrait nous aider à faire les choix qui feront naître le bonheur, le nôtre et celui des autres.

Peninna avait tout pour être heureuse. Dans une société archaïque où la seule façon pour une femme de s'épanouir et de pouvoir être fière de soi était d'être mariée et d'avoir des enfants, elle avait l'un et l'autre. Epouse d'Elcana, un homme de la tribu d'Ephraïm, elle partageait cette situation avec Anne, autre épouse du même homme, bigame (cela était reconnu). Elle était, comme Anne d'ailleurs, l'épouse légitime. Surtout, et les lignes qui lui sont consacrées dans le livre de Samuel insistent fort sur ce point, elle avait le grand bonheur d'être mère. Mariée et mère de famille. Elle aurait pu être heureuse, épanouie, comblée.
Son mari était un homme reconnu, un croyant fidèle qui avait l'habitude de se rendre chaque année avec toute sa famille au sanctuaire de Silo « pour y adorer le Seigneur, le Dieu de l'univers, et lui offrir un sacrifice ».
L'histoire retiendra de Peninna qu'elle cherchait sans cesse à humilier Anne qui n'avait pas pu, jusque-là, avoir d'enfant. Elle en était profondément malheureuse. Et toute l'attention prévenante que son mari lui témoignait ne suffisait pas à la faire sortir de son drame. Peninna, elle, ne pensait qu'à vexer Anne, soulignant ce qui causait son malheur, faisant mousser sa supériorité de femme « accomplie ».
Mais c'est à Anne que le livre de Samuel va s'intéresser, puisque le Seigneur va lui permettre de devenir mère à son tour et de donner naissance à Samuel, le grand prophète.
Arrêtons-nous à la figure moins connue de Peninna, parce qu'il existe autour de nous sans doute plus de personnes qui partagent son absurde désir de faire souffrir ceux qui leur sont proches que de parents d'authentiques prophètes de l'Eternel.
Or elle n'est pas heureuse. C'est triste de n'avoir d'autre but dans l'existence, d'autre raison de vivre, que de faire pleurer l'autre, le vexer, le dénigrer, lui rappeler ses manques et ses faiblesses... Trop souvent, en agissant ainsi, nous imaginons nous grandir, parce que l'autre est écrasé, rapetissé par ce que nous en disons. Mais où est le bonheur ?
La postérité retiendra la grâce qui a été faite à Anne qui verra son vœu le plus cher se réaliser et sera bientôt mère. De tout le parcours de vie de Peninna, il ne restera que cette épitaphe absurde : « Elle n'avait de cesse de vexer Anne pour l'humilier de n'avoir pas d'enfant ».
L'enseignement de Jésus dans le « Sermon sur la montagne » nous donne l'authentique clef du bonheur en Matthieu 5, avec cette recommandation: « aimez aussi vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent ». Gageons qu'il y a plus de bonheur à faire le bonheur des autres qu'il ne saurait y en avoir à leur faire sentir leurs limites...

© Réveil - Lire la Bible - juin  2010