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En lutte (1) : Noeud fraternel mortel

[mardi 31 août 2010 01:00]
En lutte (1) : Nœud fraternel mortel

par Anne H

« Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui. »
Genèse 4.7


Triste histoire d'un différend, d'une lutte entre deux frères ; d'une discorde à son point de non retour, et qui s'achève par un meurtre. Les intérêts de l'un aux dépens de la vie de l'autre... Mais dans quelles circonstances et pour quels motifs ?

Certains lecteurs lisent dans ce texte l'illustration de l'affrontement entre le bien et le mal ; d'autres l'affrontement entre deux frères. L'épisode rend compte d'une lutte fratricide. L'homme est face à l'homme parce que chaque homme est frère de l'autre. C'est dans la fraternité que s'exercent la vocation de l'homme, les possibilités par lesquelles il peut se dire, exister, mais aussi les sources de ses blocages. Caïn et Abel, de même sang, séparés juste ce qu'il fallait pour établir une légère différence, sont placés côte à côte, pour un destin de fraternité. Mais cette fraternité est recherche d'équilibre, fragile...
Abel est silencieux ; aucune de ses paroles ne nous a été transmise alors que Caïn parle toujours. Le dialogue est inexistant... impossible ? L'un écoute, l'autre accapare la parole... Aucun espace de communication, juste un homme monopolisant l'attention, l'espace de parole... Jusqu'à l'espace de vie de l'autre... Qu'est-ce que Caïn a dit à Abel ? Mystère ! Peut-être n'a-t-il rien dit. Satisfait, car Dieu lui avait parlé, l'avait réconforté. Caïn retourne vers son frère Abel, a un geste d'ouverture tentant d'étouffer sa jalousie, mais il se lève et tue Abel. Un recours à la violence jaillissant du silence.
Ou peut-être encore Caïn a dit quelque chose à Abel et son frère a répondu. Débat qui a mis en cause leur coexistence fraternelle. Est-ce la différence laissée par une empreinte religieuse l'origine du problème ? La coexistence est-elle possible entre l'homme tourné vers Dieu (Abel) et celui essentiellement tourné vers l'existence terrestre (Caïn) ? On nous la décrit difficile. La communion fraternelle, s'exercerait-elle dans la mesure où chacun serait reconnu détenteur d'une part de vie immanente et d'une part de vie transcendante ?
La discorde était-elle plutôt liée au partage de la terre, du monde ? L'un voulant la terre, le second les pâtures. Terre promise, terre identitaire revendiquée, intérêts économiques, stratégiques, nous sommes en terrain connu, n'est-ce pas ? Le partage est parfois impossible. On ne peut pas vivre fraternellement en se séparant l'un de l'autre. La paix ne s'inscrit pas en lignes de démarcation.
Caïn le meurtrier redit l'histoire de l'homme. Dieu, lui, ne le lâche pas et le protégera.
Si le mal s'inscrit dans l'histoire de l'homme, le sens biblique du terme « fraternité » redit le lien qui devrait unir l'humanité. Voici bien une lutte qui nous concerne, lutte contre soi-même et contre nos aspirations égoïstes.

© Réveil - Lire la Bible - Septembre  2010