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En lutte (4) : Une sage lutte

[mardi 1 février 2011 15:43]

En lutte (4) : Une sage lutte

par Ottilie BONNEMA, pasteur à Sanary

« Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient. »
Esaïe 2.15


Le livre d'Esther aborde des questions qui agitent la société moderne : sexisme, racisme, génocides, peine capitale... Nous apprenons aussi qu'il est possible de « survivre dans un monde hostile ». Malgré son apparente absence, Dieu est grâce et tendre sollicitude envers les siens.

Esther est une jeune fille juive adoptée par le fils de son oncle, Mardochée. Elle est belle à voir. Son nom « Esther » évoque le nom de Ishtar, une déesse de l’amour : ça passe bien pour une candidate au harem royal ! Mais Esther veut dire aussi en hébreu : « je suis cachée ». Et c’est vrai, Esther est un nom d’emprunt pour cacher son vrai nom « Hadassa ». Esther ne doit pas dire qu’elle est juive, elle doit cacher dès le départ son peuple et son origine. Pourquoi cacher son identité ? Le texte ne le dit pas. Mais l’histoire se passe à une époque dangereuse, l’exil des juifs loin de leur pays. Rien n’est sûr. Dieu se tait, on n’entend plus parler de lui, on se demande même si la religion a encore un sens, ça ne veut plus dire grande chose au regard de la situation qu’ils vivent. Dieu a l’air d’être nulle part, il se cache.
Il est même écrit quelque part dans le livre du Deutéronome que Dieu aurait dit : « je leur cacherai ma face ». Et bien, ce temps est arrivé du temps d’Esther. Dieu se cache. Et c’est là où l’histoire nous rejoint, peut-être ; c’est là où il met à nu notre propre époque, nos propres craintes. Quelle importance, Dieu ? Ca change quoi de croire en lui ? S’il existe, il cache bien son jeu !
Esther, comme Joseph ou Moïse, est introduite dans un lieu a priori hostile, mais à force de lutte discrète (elle ne s'avoue pas vaincue) et avec l'aide de sa beauté et de sa sagesse, elle se tient debout, se fait apprécier, gagne la faveur du gardien d’abord, puis de tous ceux qui la voient... pour finalement attirer l'attention du roi.
La sagesse est comme elle ; elle agit toujours en secret, discrètement, sans crier gare. C’est une notion très biblique, la sagesse, elle est proche de Dieu, mais elle n’est pas Dieu. Dieu est caché. Ou peut-être agit-il justement de la même façon qu’Esther dans notre vie. Il est parmi nous sans qu’on ne le reconnaisse, incognito, mais là où il est, il y a rayonnement, grâce, amour. Pourtant, coincée dans une situation personnelle délicate, Esther arrive à éveiller l’amour. Et ce qu'elle va parvenir à réaliser, à partager va être une bénédiction pour les siens, son peuple. Un appel peut-être à ne pas renoncer, mais à lutter avec douceur et... sagesse. La sagesse agit ainsi : elle éveille l’amour. Esther – celle qui se cache –, réussit à gagner, à éveiller l’amour des autres. Son histoire rappelle la place que Dieu occupe dans notre vie. Presque caché, on parle peu de lui, on ne voit que peu de lui, et pourtant il y a des moments où on établit très clairement un lien plus intime, et puis, à d'autres moments, on rend visible sa présence cachée dans notre vie.
Il y a des hommes et des femmes qui agissent en sagesse, en justice, qui éveillent l’amour, la grâce : ils sont des signes. Peut-être que, de cette façon cachée mais bien présente, Dieu est toujours là aujourd’hui. Même si on n’entend pas sa voix, et qu’on n’entend pas parler de lui, nous vivons toujours devant sa face.

© Réveil - Lire la Bible - Décembre 2010