Imprimer

Lectures croisées (5) Job : celui qui tient bon !

[mardi 31 janvier 2012 10:03]

Lectures croisées (5) : Job : celui qui tient bon !

par Anne HEIMERDINGER

« Nu je suis sorti du sein de ma mère et nu j’y retournerai ! Que le nom de Yahweh soit béni ! »
Job 1.21

Job raconte l’histoire d’un homme intègre qui « craint Dieu » (1.1). Il est mis à l’épreuve pour vérifier son attitude désintéressée (1.1-2,10) ; ses amis se relaient à son chevet pour le consoler, mais ils raisonnent et accusent leur infortuné ami. Dieu silencieux répondra à Job, de manière étrangement « décalée ».

Les deux premiers chapitres du livre de Job et son épilogue appartiennent à une même première plume. Un prologue en prose nous faire entrer brusquement dans la réalité d’un homme qui voit toute sa vie basculer.
Job est un homme de bien, fidèle à Dieu, qui très rapidement devient coutumier de l’enfer. Parce que quelqu’un, « l’accusateur » a dit : « mais si Job met sa confiance en Dieu, c’est tout de même un peu normal, car il est plutôt gâté par la vie ! » Tout l’art d’insinuer que la foi dépend de la bénédiction.
C’est alors que tout échappe à Job : ses biens, et sa destinée, sans qu’il puisse reprendre son souffle. Tout semble agencé comme s’il n’était qu’un pion sur le grand échiquier du destin et que quelqu’un avait signé sa perte. Les « mauvais coups » sont rapides et impitoyables : ses biens sont arrachés, son cheptel décimé, ses enfants, rassemblés pour festoyer le sont, sans le savoir, pour mourir... Peut-être est-ce cet acharnement incompréhensible, cette précipitation d’événements funestes qui font que Job n’est pas tout à fait dupe… Il doit bien y avoir une intention, là-derrière.

Le mal questionne
La souffrance dépouille l’homme et le questionne. Elle exacerbe, révèle au grand jour ce qui est enfoui au fond de lui, comme la possibilité de son consentement absolu ou celle de son reniement le plus total. Mais là où l’on s’attendrait à un cri de révolte, un acte de repentance : « Quand même, ne l’a-t-il pas un petit peu mérité ? »… seule une plainte échappe à Job : « j’aimerais mieux ne pas être né ou être déjà mort… » (Job 3).
Job est tellement écrasé par tout ce qu’il a déjà perdu que l’ultime abandon qu’il ressent de la part de Dieu lui est insupportable. Il en appelle à Dieu, mais celui-ci se tait. Une seule certitude maintient Job debout : cet abandon n’est pas un châtiment ! Non, lui n’a rien à se reprocher. Le mal subi par le serviteur fidèle pose la question de Dieu. Que fait-il ? Pourquoi n’intervient-il pas ? Fait-il si peu cas de la détresse de ses serviteurs ?

Debout, face au mal
Si le mal est irraisonné et injuste, en tout cas pour Job, il ne remet pas en cause sa fidélité.
D’une foi qui sous-tendrait une contre-partie, nous passons à un acte de foi gratuit d’un homme nu devant Dieu. Si Job est en résistance, c’est contre lui-même, contre les propos révoltés de sa femme et ceux, accusateurs, de ses amis. Seul, il affronte sa souffrance et ses questions ; il pose un acte de foi en cherchant son chemin dans la nuit.
On peut suivre dans le livre de Job le chemin de conversion d’un homme. Le mal qui l’attaque sans répit le pousse un temps à se décentrer de lui-même pour éviter la folie et ne pas s’effondrer. Job en appelle à Dieu, au dialogue et, quand ses amis ont fait le tour des images qu’ils portent sur Dieu, Job peut enfin le rencontrer en vérité et en amour. A quoi bon l’amour de Dieu ? Sinon à retourner en soi-même, à supporter l’éprouvant, à se sentir non plus seul, mais juste en Lui.

© Réveil - Lire la Bible - janvier 2012