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Lectures croisées (7) Job : « Il m’a brisé pour rien ! »

[jeudi 9 février 2012 14:30]

Lectures croisées (7) Job : « Il m’a brisé pour rien ! »

par Anne HEIMERDINGER, rédacteur du journal le Cep

« Son châtiment et sa punition n’ajouteront rien de plus. »
Jean de Chrysostome

Certains Pères de l'Eglise ont vu une figure du Christ à travers Job. En tout cas, en interprétant sa souffrance, ils ont coloré leur interprétation de l’air de leur temps, d’un contexte historique donné et de présupposés doctrinaux.

Dieu est un, et Satan est un serviteur. Dieu est donc l’auteur du bien comme du mal. A la lumière du contexte historique, Il vient de sanctionner durement son peuple avec la destruction de Jérusalem et l’exil du peuple. On explique donc qu’il a simplement jugé son peuple infidèle et qu’il l’a puni.
Le texte de Job vient curieusement s’opposer à cette interprétation légaliste. Pour ce faire, l’auteur de Job présente le personnage comme un homme juste et pourtant tourmenté jusque dans sa chair.

Job, juste ou pécheur ?
Dans les écrits de Jean Chrysostome, le personnage de Job est important et questionne ; il est d’ailleurs cité de nombreuses fois. Jean Chrysostome et Thomas d’Aquin lisent et étudient le texte de manière littérale – le texte se suffisant à lui-même pour en dégager le sens. Pour le premier, Job est le « champion de Dieu ». Lorsque Dieu témoigne de la vertu de son héros, il est clair que Job est trouvé sans tache. Job est au-dessus de tout péché pour lequel Dieu pourrait le punir.
Pour Thomas d’Aquin, l’innocence de Job est établie dès le début du récit : « Craignant Dieu, il n’a pu l’outrager ; et éloigné du mal, il n’a pu pécher contre lui-même » (Thomas d’Aquin, Commentaire du livre de Job, I, 1, 15-45). Par contre, à l’inverse de Jean Chrysostome qui fustige le discours des amis de Job (ils étaient inspirés par le diable !), Thomas d’Aquin semble d’accord pour dire que le péché est lié à la condition humaine (VI, 1, 10-20). Et si la souffrance est une rétribution immédiate de la part de Dieu, elle devrait se trouver proportionnelle au péché, ce qui n’est pas le cas dans le récit de Job. Enfin, un homme insignifiant peut-il être pardonné sans l’intervention de la grâce de Dieu (VII, 4, 440 et s.) ? Les faits accablent Job. Pourquoi sa souffrance, était-elle préméditée ?

L’humain : cet être indigne !
Pour Jean Chrysostome, la créature est insignifiante devant son créateur et doit accepter la souffrance envoyée par Dieu : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris ! » Est-ce une manière de légitimer la souffrance infligée pour mieux imaginer la supporter ? Job n’est pourtant pas comme tout le monde et ce n’est pas en tant que créature inférieure ou parce qu’il serait un instrument du mal qu’il subit le courroux divin… au contraire.
« As-tu remarqué Job, mon serviteur ? Il est unique au monde » (Job 1.8). Les deux Pères de l’Eglise vont insister sur l’éloge que Dieu fait de Job. Une provocation ? Ils ont donc considéré l’idée que Dieu pouvait intervenir dans la vie de l’homme, le faire souffrir dans un but pédagogique, en vue de l’édification du plus grand nombre.

La foi comme espérance
Job aurait donc souffert pour servir d’exemple. Jean Chrysostome explique que l’essentiel est de montrer la puissance de Dieu à travers la force et la ténacité de ses serviteurs, même écrasés par l’adversité. Souffrir aurait donc une portée salvatrice tout court. Thomas d’Aquin abonde dans ce sens : les épreuves infligées à Job servent à pointer la vertu de Job devant les hommes (XXIII, 160 et s.) et devant Satan. Dieu a donc confiance en son serviteur qu’il sait capable de vaincre un adversaire de taille.
Pour Job, Dieu ne peut se conduire ainsi, ou alors il est profondément injuste. Alors, pourquoi toute cette persécution absurde ? Jean Chrysostome, s’éloignant de Thomas d’Aquin refusant toute interprétation du discours des amis de Job, ne trouve pas de sens à la souffrance du juste. Le mal, les épreuves n’ajoutent rien. Tout au moins serviraient-elles à approfondir l’espérance.

© Réveil - Lire la Bible - mars 2012