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Lectures croisées (10) Ô Israël, tu es mon serviteur ! ...

[vendredi 1 juin 2012 15:57]

par Anne HEIMERDINGER

« Songe à ceci, Jacob, et toi, Ô Israël, car tu es mon serviteur ; je t’ai formé expressément, toi, pour être mon serviteur : Israël, ne m’oublie pas ! »
Esaïe 44.21

Le texte prophétique d’Esaïe 53 dit l’aspiration des hommes à trouver le salut. Exilés, tiraillés sans cesse entre culpabilité et raisonnement, les hommes ont faim de vie, de signes ouvrant une perspective de salut.

Cette profonde aspiration à la vie prend corps avec le Serviteur de la prophétie du second Esaïe, mais pas forcément comme les hommes l’entendent. Le Serviteur est présent dans le malheur de Jérusalem, dans les épreuves que les hommes traversent. Il vient creuser l’humanité de l’homme et signifier que Dieu est proche. Ce Serviteur, la tradition chrétienne l’identifie au Christ, homme de douleur et de compassion ; pour la tradition juive, il incarne le peuple d’Israël dans son entier (Esaïe 41.8 : « Israël mon serviteur ! »).
Le peuple ne peut pas expliquer le drame de l’exil, il peut seulement le raconter et témoigner à la face du monde qu'on peut garder la foi même quand Dieu est silencieux, même quand on n’est plus que l’ombre de soi-même.

De génération en génération
Cette prophétie est une vision, celle de l'histoire du salut qui s’articule autour de commencements permanent liés à son développement et à son apogée détruite ensuite par une catastrophe. Celle-ci réduit le peuple à une minorité qui « ressert » les rangs pour ne faire plus qu’un et devient à son tour principe d'un nouveau départ. On peut ainsi compter douze tribus constituant le peuple d'Israël, sur la terre promise à Abraham. Le peuple détruit par les invasions assyriennes n’est plus qu’un reste. En exil, dispersé, il est appelé à s’étendre et se réunir sur sa terre. Mais, ce n’est pas la fin.
Certains rabbins du Talmud ont vu dans le « Serviteur de Dieu » un héros de l’avenir, le Messie, dont le triomphe ne se révèlera qu’au prix de multiples souffrances (Targoum Jonathan, Talmud Sanhédrin, 98b, Midrach Ruth Rabba, IV). Cette interprétation « messianique » de la prophétie d’Esaïe, antérieure au christianisme, a été réinterprétée par les premiers disciples qui ont identifié le serviteur à Jésus, ouvrant la promesse de restauration à toutes les nations.

Retour au pays
Les exilés rentrent au pays, grâce à l’intervention de Cyrus, roi de Perse (entre 550 et 538), devant qui ils réaffirment que seul Yahwé est Dieu et qu’il est unique. De retour sans gloire – on les croyait punis ! –, ils apportent un message à ceux qui sont restés : Dieu aime son peuple, et « ils » représentent le Serviteur fidèle de ce Dieu proche.
C’est à partir de ce serviteur traîné dans la boue, blessé et brisé, que Dieu va recréer une vie restaurée pour tous.

Signe de proximité
« La certitude de la proximité de Dieu garde le Serviteur », écrit Catherine Chalier *, « sans l’empêcher de subir les assauts de la méchanceté et de la dérision. Mais elle lui donne, incompréhensiblement aux yeux du monde, la force de les affronter, fût-ce pour en mourir, en espérant que sa souffrance n’est pas vaine pour ce monde précisément, qu’elle aidera, peut-être, à s’éveiller à la conscience du mal qu’il fait et à s’en repentir ».
C’est parce que le Serviteur vit cette présence de Dieu qu’il s’offre lui-même, et que son geste porte sens. Conscient que c’est bien l’amour de Dieu qui le porte, son attitude en est imprégnée, et il s’en fait, sans calcul, le porte-parole.

© Réveil - Lire la Bible - juin 2012