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Auprès de ma Bible (1) Naître, renaître et naître de nouveau

[dimanche 30 septembre 2012 20:53]

par Eugène PY-KNOERR

« Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? »
Jean 3.4

Cette nouvelle série vous invite à arpenter les textes bibliques en vous laissant vous étonner, parfois sourire, peut-être un peu « tiquer » en lisant ces petites phrases, ces situations anecdotiques qui voudraient entendre l’homme régler ses comptes. Une autre parole, un geste inattendu invitent alors l’homme à se déplacer, car Dieu se trouve juste un peu plus loin, au carrefour suivant !

Quand, dans l’évangile de Jean (3.3-4), Jésus invite Nicodème à « naître de nouveau » pour se trouver capable de « voir le royaume de Dieu », on est une fois encore en plein quiproquo, Nicodème entendant l’expression utilisée par Jésus au sens premier et s’interrogeant sur la difficulté qu’il y aurait pour lui, homme d’âge respectable, à refaire le parcours de sa naissance (et déjà à retrouver sa mère pour lui imposer cette gymnastique ahurissante qu’il évoque). Bien entendu la remarque du sage qui ne comprend que le mot à mot de ce que dit Jésus permet à celui-ci de préciser sa pensée et d’ouvrir ses auditeurs, et tous les lecteurs de l’évangile, à une vraie compréhension de ce qu’il lui tient à cœur de faire comprendre à ceux qui croisent sa route.
Nicodème, comme beaucoup d’autres « chercheurs de Dieu », a été bouleversé de voir les signes et d’entendre le message délivré avec autorité par Jésus. Et malgré les préventions des pharisiens (dont il est lui-même) il est prêt à reconnaître que l’homme de Nazareth est bien un authentique « envoyé de Dieu ». Mais Jésus, loin de garder pour lui les qualités que son interlocuteur lui attribue, ouvre aussitôt la perspective et donne la clef qui permet à chacun de se découvrir membre de la famille, témoin du Royaume, citoyen des cieux.

Naître de nouveau
Il faut pour cela « naître de nouveau », ce qui est beaucoup plus radical que seulement renaître. Nous pouvons tous faire l’expérience d’une ou plusieurs « renaissances » au long de notre vie. Il existe de tels moments heureux où le poids des échecs, des erreurs et des approximations qui ont marqué une existence ne compte plus et où l’avenir s’ouvre sur, semble-t-il, une page blanche, un nouvel espoir, avec une énergie, une envie de vivre, intactes. Mais généralement, la réalité nous rattrape bien vite et le passé se rappelle toujours à notre souvenir et à celui de celles et ceux qui nous entourent.

Nouvel axe
Jésus a déjà enseigné ailleurs qu’on ne coud pas une pièce de drap neuf sur un vêtement usagé et qu’on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. Pour commencer du neuf, vraiment neuf, il faut être libéré de son passé, il faut se convertir, changer de direction et de point de vue, commencer une nouvelle vie. Il faut naître de nouveau. Ou comme on peut tout aussi bien comprendre cette parole, il faut naître « d’en haut », recevoir sa vitalité d’ailleurs que de la nourriture quotidienne tirée de la terre. Pour exprimer cette nouveauté radicale, Jésus parle de « nouvelle naissance ». Il affirme que personne ne peut faire l’économie de ce passage obligé vers « le Royaume », s’il veut s’ouvrir à une dimension de l’existence qui ne se limite pas à l’immédiat et choisit de voir le monde et les êtres qui vivent là avec les yeux de l’amour, les lunettes de la foi, le regard même de Dieu.
C’est cela que rend possible la nouvelle naissance, loin des étroitesses auxquelles fait penser cette expression. Et c’est si beau que même un sage comme Nicodème a du mal à saisir d’emblée cette perspective ouverte sur la vie que le Seigneur donne gracieusement.

© Réveil - Lire la Bible - octobre 2012