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Auprès de ma Bible (3) Le diable ou le bon Dieu ?

[jeudi 29 novembre 2012 00:00]

par Jean-François BREYNE

« David sentit battre son cœur battre, après qu’il eut fait le dénombrement du peuple. Et il dit à l’Eternel : "J’ai commis un grand péché en faisant ça ! Daigne pardonner l’iniquité de ton serviteur". »
II Samuel 24.10-11

Un jour, David veut recenser le peuple. Terrible erreur. En 2 Samuel 24, on nous présente cette initiative comme une faute (v. 10), suffisamment importante pour que la sanction soit la venue de la peste qui décime 70 000 hommes…

Mais pourquoi diantre David a-t-il eu cette étrange idée ? Et le texte de répondre : l'Eternel se mit de nouveau en colère contre Israël : il incita David à leur faire du tort, disant : va, dénombre Israël… (v. 1). Etrange, ce Dieu qui incite à la faute…
Et notre surprise redouble lorsque nous lisons la même histoire, racontée par le 1er livre des Chroniques, au chapitre 21. Et là, qui pousse David à la faute ? Non plus Dieu, mais ‘le satan’. En hébreu, le satan est un nom commun et non pas un nom propre, il signifie : l'adversaire, l'accusateur !

Du bon usage du satan
De ces deux textes contradictoires, je retiens trois enseignements :
Le corpus biblique ne se présente pas à nous comme une somme de doctrines bien ficelées et cohérentes, mais comme des textes en débat, qui font état des différentes compréhensions que les hommes d'il y a 2 500 ans avaient de leur expérience avec Dieu. Il n'y a donc pas de lecture immédiate, naïve, possible du texte sans le trahir : il se donne toujours à interpréter !
Le deuxième enseignement, c'est de nous dire attention, lorsque nous parlons de satan, ou du diable. Le diable est pour moi, dans la Bible, une figure de style, la personnification symbolique d'une opposition. Le diable n'existe pas en tant que tel, il est un procédé littéraire dont les récits bibliques se servent pour nous dire quelque chose de cette réalité du mal(heur).
Mais la question demeure, celle de l'origine du mal(heur) : qu’est-ce qui pousse l'humain à la faute et au malheur : « A qui la faute ? Au diable ou au bon Dieu ? »
Beaucoup disent encore : à Dieu. C'est lui qui veut, qui sait, qui agit et qui rappelle à lui… mais attention, car alors on fait de Dieu un dieu qui prend des aspects singulièrement pervers et sadiques, et ma lecture de l'Evangile me rend ce Dieu-là impossible à croire !
Alors pour éviter cela, on a dit : c'est le satan, mais le remède est peut-être pire encore, car l'homme devient alors un pion dans une lutte titanesque dont il est condamné à être l'objet et jamais plus le sujet.

Devant… la lumière
L'Evangile nous offre une troisième voix (voie) : celle de ne pas chercher la cause première, mais de nous retourner vers l'avenir. A la question des disciples croisant l'aveugle-né : « Qui a péché, lui ou ses parents ? » Jésus répondra en disant simplement : « ni lui, ni ses parents » (Jean 9.1-8). Il ne répondra pas au « pourquoi », mais il retournera les disciples vers la seule volonté de Dieu : que cet homme voie, que la lumière soit, pour lui aussi. Les rendant ainsi sujets de leur histoire. Désormais, comme le dit France Quéré, « il est inutile d'inventorier l'ordre des causes : il est définitivement scellé. Le mal est ténèbres, son énigme ne desserrera pas les dents. Il est donc un mal qui n'a point face humaine, dont ni Dieu ni l'homme ne peuvent rendre compte. La lumière n'est pas derrière nous, dans la profondeur des causes, elle est devant, à l'horizon de nos désirs et de nos volontés » (Si je n’ai pas la charité, p. 46). C'est bien la réponse de Jésus : il ne se tourne pas vers le passé, mais réoriente vers le présent et le futur : l'œuvre de Dieu, répond-il, c'est qu'il voie ; et il lui rend la vue !

© Réveil - Lire la Bible - décembre 2012