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Auprès de ma Bible (4) La fable au service du droit

[mardi 1 janvier 2013 17:11]

par Eugène PY-KNOERR

« Le riche n’a pas voulu toucher à ses brebis… Il a pris la brebis du pauvre et l’a apprêtée pour son invité. »
II Samuel 12.4

« Dans une ville, il y avait deux hommes, l’un riche, l’autre pauvre… » Voilà, le décor de l’histoire est posé (lire II Samuel 12.1-14). Et c’est une situation banale. Nathan, prophète de Dieu, raconte cette banalité à David, le grand roi. Et celui-ci l’écoute.

Plusieurs scenarii seraient ici possibles et David attend de connaître l’intrigue, se doutant bien que si Nathan vient le trouver pour lui parler de ces deux hommes, c’est qu’il y a un problème et qu’on va avoir besoin de la sagesse du roi pour dire le bien ou le mal, pour rendre la justice et faire régner la paix entre ces deux citoyens. Quelques années plus tard, c’est Salomon, le propre fils de David, qui va marquer l’histoire à cause de sa sagesse et on parle encore toujours du « jugement de Salomon ». Mais de tout temps, le roi était aussi juge et capable de dénouer les situations humaines bloquées et de rendre possible la vie commune entre ses sujets.

En même temps juge et fautif
David se sait porteur de cette mission au service de la justice. Si bien qu’il attend à peine que Nathan termine son récit et énonce la sentence : « L’homme qui a fait cela mérite la mort ! »
Mais voilà, l’histoire n’était qu’une parabole. Et la réalité est beaucoup plus dramatique. La brebis du pauvre, choyée jour et nuit, qui mangeait la même nourriture et buvait le même lait que lui, existe bien et elle s’appelle Batchéba, une femme dont David a fait sa favorite, ayant fait en sorte d’envoyer à la mort Urie dont elle était l’épouse.
« L’homme qui a fait cela, c’est toi ! » dira Nathan à David, rouge de confusion et qui mesure aussitôt le quiproquo dans lequel il s’est laissé entraîner et où son ardeur à vouloir fermement exercer la justice rencontre la facilité avec laquelle l’homme de pouvoir se dispense avec insolence d’être exemplaire et sans reproche, loin s’en faut. Si le moraliste Jean de la Fontaine avait été à court d’imagination, la Bible aurait pu lui être source d’inspiration. Ce qu’elle est déjà aussi pour nous qui devons toujours encore apprendre à bien vivre, n’est-ce pas ?

Répondre aux défis quotidiens
En effet, lire et méditer la parole de Dieu n’est pas une fin en soi. Nous le faisons comme des générations nombreuses de croyants l’ont fait avant nous, parce que nous avons la conviction que les récits, les paraboles, les histoires que recèle la Bible vont nous aider très concrètement à avancer sur le chemin souvent compliqué de la vie. Ils sont autant d’enseignements utiles qui peuvent nous faire progresser plus rapidement, à faire attention aux autres et à nous-même, à ne pas nous satisfaire de l’à-peu-près, à oser les gestes qu’exigent le respect et l’amour de ceux qui sont nos compagnons de route au quotidien. Et même si nous ne sommes ni roi ni prophète, une histoire comme celle de la rencontre de David avec Nathan peut fort bien être lue à la lumière de nos petits arrangements personnels avec la justice et le droit. Et c’est le rôle de l’étude assidue de la Parole que de nous équiper utilement pour nous rendre capables de répondre aux défis de ce qui surviendra dans la banalité du quotidien.

© Réveil - Lire la Bible - janvier 2013